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ASSEMBLEE MONDIALE DES HABITANTS

Quand les habitants repensent la ville 

Mexico, du 2 au 6 octobre 2000

 

Atelier: Organisation et stratégies internationales des habitants

 

1. Nous les habitants dénonçons que nous n'avons pas de sécurité de la tenure foncière et du logement. Une cinquième partie de l'humanité est sans abri ou vit dans des conditions d'extrème précarité. Pour cette raison nous exigeons des gouvernements locaux, provinciaux, nacionaux et internacionaux (Union européenne, TLC, MERCOSUR, etc.), la création et le respect des instruments juridiques, que soient assurées les attributions budgétaires et les investissements, et que soit garanti un logement décent, sûr et économiquement accessible.

2. Cette insécurité croissante est produite par les grandes coupures budgétaires que nous observons sur toute la planète. Dans les pays en développement ces coupures sont destinées au paiement de la dette extérieure aux organismes financiers internationaux et que nous qualifions d'illégitime. Dans les pays du premier monde, les coupures budgétaires sont faites pour soutenir les politiques monétaires gérées par le secteur financier dominant.

3. L'origine des conditions de pauvreté et d'exclusion de nos peuples est dû à l'existence du modèle capitaliste néolibéral qui impose ses politiques à travers ses organismes multilatéraux tels que le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

4. La ville non durable est le produit d'un modèle de développement, d'une culture de la consommation et d'un monde où les grandes entreprises ne respectent pas le développement durable.

5. Dans le cadre des tentatives d'imposer une globalisation du modèle néolibéral dirigé par le capital financier, les groupes économiques internationaux à travers les organismes tels que le FMI et la Banque mondiale, en alliance avec les groupes de concentration économique locaux, ont provoqué une concentration de la richesse qui exclu la majorité des peuples du monde, ce qui a entrainé délibérément des taux élevés de chomage, l'exclusion sociale et la dégradation des conditions de vie de millions de travailleurs. Devant cette situation nous proposons de globaliser les demandes, les revendications et les luttes des habitants.

6. Nous les habitants nous soulignons qu'il existe de bonnes pratiques dans la gestion et la production de l'habitat que lamentablement beaucoup de gouvernements, non seulement ne connaissent pas, mais en plus bloquent ce droit légitime à la participation dans la formulation des projets et dans l'éxécution et le control à travers des mécanismes autogestionnaires.

7. Nous aprouvons des Réformes Urbaines qui assurent la création d'une législation, de politiques publiques et d'instruments organisatifs de l'état avec la participation des habitants dans la prise de décision. Tout cela supporté par des budgets votés et en accord avec les conventions souscrites par les gouvernements (Agenda Hábitat, etc.).

8. La réforme agraire devrait être une réalité dans tous les pays. On devrait assurer la juste et équitable répartition des terres. Les gouvernements doivent assurer avec la création d'instruments légaux adéquats, la priorité des demandes de terres par les paysans, les petits producteurs et les peuples indigènes. Les habitants dénoncent que les propriétaires fonciers improductifs et l'excessive concentration des terres aux mains de quelque uns provoque des situations d'exclusion, de migration et de violence.

Diagnostic et propositions organisatives

1.- Affaiblissements à l'intérieur des organisations de base
· Protagonisme de certains des leaders
· Domination des relations verticales entre les dirigeants et les bases
· Soumission aux lignes politiques des partis

2.- Relations entre les organisations de base et le système de participation officiel

2.1. Le modèle capitaliste néolibéral, compte tenu de ses particularités dans chaque pays, a impulsé l'installation de propositions participatives et organisationnelles à travers l'institutionalisation représentative formelle de nos pays. Cette forme de création institutionnelle d'organisations et de systèmes participatifs, a en termes généraux, provoqué un control fort de l'état sur les initiatives des habitants.

2.2. Les processus participatifs et organisationnels qui ont une réelle capacité de décision et de conviction pour se constituer en instruments de lutte et de transformation du modèle d'exclusion en vigueur, sont ceux qui ont leur origine dans les bases sociales et dans les secteurs engagés avec ces processus de transformation.

3. Jouer un rôle sur la planification des actions futures et établir des objectifs concrets afin de visualiser les avancements et les problèmes. La planification urbaine participative est un instrument pour l'amélioration communautaire, des quartiers et de la ville.

4. Ratifier le contenu politique de la pratique et la réflexion que nous, organisations sociales de base, réalisons.

5. De ce point de vue, ce sont des objectifs liés au processus de lutte des organisations populaires:
a) Avancer sur l'occupation des espaces de prise de décisions politques,
b) Impulser des propositions pour transformer les cadres légaux et normatifs dans une perspective populaire,
c) Développer des propositions de planification et de gestion participative.

6. Les organisations sociales doivent être plurielles, construisant des collectifs, autonomes, démocratiques, autogestionnaires et non dogmatiques.

7. Stratégiquement, nous, organisations sociales de base, devons développer des actions et des conceptions qui renforcent notre pouvoir. C'est-à-dire, des actions et des conceptions qui conduisent nos organisations populaires à occuper avec détermination les espaces de décision des politiques publiques.

8. Il est nécessaire de renforcer l'économie populaire, pour que les habitants soient autogestionnaires et par conséquent créateurs de leur propre projet.

9. Les fonds publics et le financement doivent constituer des fonds nationaux afin de garantir l'équilibre entre le logement, l'aménagement urbain et l'environnement. La gestion des fonds publics doit être réalisée de manière transparente, observée et suivie, et ses erreurs doivent être dénoncées et corrigées. Ce qui précède implique la participation active de nos organisations sociales.

10. Développement de l'organisation en impulsant fortement les capacités d'articulation aux niveaux suivants :
a) Développement des articulations au niveau sectoriel depuis le niveau local jusqu'au niveau national.
b) Développement des articulations au niveau intersectoriel (habitat, santé, éducation, syndical, organisation d'étudiants, etc.) depuis le niveau local jusqu'au niveau national.
c) Développement des articulations au niveau sectoriel sur le plan régional et international
d) Développement des articulations au niveau intersectoriel au niveau global ou globalisation de la solidarité populaire.
e) Renforcer les identités locales et sectorielles à travers les processus d'articulation mentionnés plus haut.

La lutte est la même, l'unité est indispensable

1. Il est fondamental d'avoir des ponts de communication entre les diverses luttes et les différent niveaux entre eux, non seulement pour être informés mais aussi pour se connaître et lutter contre la globalisation, pour reconstruire des citoyens, et pour que l'être humain mutilé, trompé et utilisé, ne soit plus un objet mais un citoyen.
2. Chaque pays doit être solidaire avec ceux qui ont besoin d'un appui international, il est nécessaire d'établir des déclarations solidaires entre les organisations afin de faire pression sur les gouvernements.
3. Reconnaître toutes les formes d'organisation et de lutte dans le monde et renforcer les articulations internationales d'habitants déjà existentes telles que le Front continental des organisations communales (FCOC), le Secrétariat latinoaméricain du logement populaire (SELVIP), le Collectif interafricain des habitants (CIAH) et la Coalition Asiatique pour le droit au logement (ACHR-HIC).
4. Développer toutes les formes d'échange d'expériences de manière bilatérale ou multilatérale, de telle manière que nous puissions nous connaître entre organisations, partageant des propositions et des solutions à nos problèmes communs.
5. Etablir un processus pour une alliance globale basée sur les organisations de l'Assemblée mondiale des habitants.
6. De plus, nous élargirons nos alliances avec des organisations syndicales, paysannes, indiennes, écologistes, de femmes, gouvernements et pouvoirs locaux, etc.
7. Participer dans des actions, rencontres et campagnes dans lesquelles par notre travail spécifique en tant qu'habitants, nous puissions apporter des propositions aux processus collectifs (v.annexe 1).
8. Utiliser les espaces internationaux ouverts par les Nations-Unies, ou le Comité des Droits Economiques, Sociaux et Culturels et autres organismes internationaux. Nous participerons depuis les Comités nationaux jusqu'à Istambul + 5 (Habitat III), et, si ce n'est pas possible à cause des conditions nationales, nous participerons de manière alternative.
9. Utiliser pour l'articulation internationale tous les instruments électroniques possibles : répertoire de base, page web, e-mail, téléconférences, etc.
10. Afin de soutenir le processus de construction et les activités de ce réseau global, il faudrait que les organisations sociales aient des ressources obtenues sur trois niveaux :
a) propres et solidaires
b) à partir des politiques sociales publiques
c) à partir des agences externes (Nations-Unies, Union européenne, fondations, etc.).
11. HIC et l'Alliance pour un monde responsable et solidaire coordineront ce prossessus.

Pour une Plateforme solidaire Internacionale/locale

Nous devons lutter pour des revendications reconnues aujourd'hui comme essentielles :

CONTRE

· le paiement de la Dette extérieure
· les processus de privatisation (des ressources naturelles, énergétiques, logements sociaux, services, voies de communication et tous les domaines stratégiques) ;
· la culture dominante qui fomente le racisme, l'exclusion, la répression, l'intolérance, la xénophobie, etc.
· L'utilisation des forces armées et policières comme instrument d'application des politiques répressives contres les actions mises en oeuvre par les organisations sociales.

POUR

· la sécurité dans la tenure du sol et du logement ;
· la réforme agraire et la réforme urbaine d'un point de vue collectif pour et des travailleurs et les habitants avec leur auto-organisation ;
· la reconnaissance et l'appui des gouvernements aux processus de création et d'amélioration de l'habitat, en priorisant en tant que méthode l'autogestion dans un sens élargi ;
· Construire des organisations sociales démocratiques, avec des projets alternatifs et durables ;
· Imposer les mouvements des grands capitaux (Taxe Tobin) ainsi que le sol et les logements lucratifs ;
· La création d'assurance chômage et de programmes de formation pour les travailleurs ;
· Législations, politiques publiques, instruments et ressources qui réduisent les inégalités existantes selon l'age, le sexe, l'option sexuelle, le groupe ethnique, la religion, etc.

Actions urgentes à réaliser

· Participer à la journée d'octobre à New York au Cri des exclus avec un texte spécifique ;
· Exiger aux gouvernements d'être considérés dans le processus d'Istambul + 5 et nous préparer pour cela à partir des accords pris dans cette Assemblée.
· Appuyer à partir de nos pays les résolutions spéciales issues de cette Assemblée (Annexe 2).


ANNEXE 1:
Actions et réunions communes

Initiatives

1. Le cri des Exclus, pour le travail, la justice et la vie.
2. Campagne pour le Jubilée 2000, pour la suppression de la dette extérieure.
3. Forum Social Mondial
4. Marche mondiale des femmes, pain et roses.
5. Campagne pour la sécurité de la tenure du sol et du logement

Journées d'action

1. Mobilisations à New York
- 12 octobre, Marche pour le Cri (contre l'exclusion, pour le travail, la justice et la vie)
- 14 octobre, Marche des émigrés sans papiers (Pour le droit au travail)
- 17 octobre, Marche mondiale des femmes, pain et roses.

2. Marche européenne pour les droits sociaux (Nice, France, 6 décembre 2000).

Réunions

1. 17 et 18 novembre 2000 : III Rencontre pour une nouvelle pensée, Argentine.
2. 22 et 25 novembre 2000 : IV Congrès de l'Association internationale des villes éducatrices, Libonne, Portugal.
3. Novembre 2000 : Sommet mondial des pauvres, New York, EUA
4. Février 2001 : Consultation des amériques contre le racisme, Quito, Equateur.
5. Mars 2001 : Forum social mondial, Bresil
6. 19-22 avril 2001 : II Assemblée des Peuples des Caraïbes, St. Domingue, R.D.
7. Avril 2001 : II Conférence des peuples, Quebec, Canada.
8. Mai 2001 : Agenda Habitat ONU, New York, USA.
9. Septembre 2001 : Sommet européen des Ministres du logement, Liège, Belgique.

 

ANNEXE 2: Résolutions spéciales dsolidarité de l'atelier : Straégies internationales, Asamblée Mondiale des habitants, Mexico, 4 octobre 2000.

Les signataires ci-joints, représentants des organisations sociales et civiles de 34 pays, participants à l'Assemblée mondiale des habitants réalisée durant les 2, 3, 4, 5 et 6 octobre dans la ville de Mexico, s'adressent à ……. Pour :

1. Lic. Diodoro Carrasco
Ministre de l'Intérieur du Gouvernement Mexicain

Dénoncer le mauvais traitement recu par les agents de la police des frontières sur la route de Tapachula, Chiapas à la ville de Mexico. Nous avons été arrêtés su la route plus de 15 fois, invités à descendre de l'autobus plusieurs fois, sous le prétexte que nos papiers n'étaient pas en règle. En réalité ce qu'ils voulaient, c'était recevoir de l'argent. De plus, en arrivant dans la ville de Mexico ils ont fait descendre la personne responsable de notre délégation pour l'interroger dans une voiture de police. Nous demandons au Gouvernement mexicain de respecter les droits humains et la libre circulation des mexicains et des étrangers munis de papiers en règle.

2. Dr. Ernesto Zedillo Ponce de Leon
Président des Etats-Unis Mexicains

Nous exigeons la liberté immédiate et inconditionnelle de Rodolfo Montiel et Téodoro Cabrera, paysans écologistes de l'Etat de Guerrero, détenus et torturés en mai 1999 ; déclarés « Prisonniers de conscience » par Amnisty International et décorés avec le « Prix international d'Ecologie Goldman », et dont le seul délit fut de défendre la montagne de Petatlan, Guerrero, contre les bûcherons clandestins.

3. Au gouvernement de la République Chècque

Nous exigeons la liberté immédiate et inconditionnelle des personnes arrêtés durant les manifestations globalophobiques dans la ville de Prague les 26 et 27 septembre de l'année en cours.

4. Au gouvernement de la République d'Argentine

Nous réclamons la liberté immédiate des dirigents Raul Castells et Emilio Ali, prisonniers politiques détenus injustement et le retrait du procès de 2500 dirigeants syndicaux, sociaux et activistes pour les droits sociaux des secteurs exclus par le modèle néolibéral en vigueur.

5. Au gouvernement de la République d'Argentine

Nous refusons toute tentative du gouvernement de la Province de Mendoza de modifier et d'annuler la politique de logement social qui permet la participation des demandes organisées en coopératives, mutuelles et assemblées de voisins pour l'achat du terrain, l'élaboration du projet d'habitation et l'exécution par autogestion avec le financement du FONAVI (Fonds national du logement), de manière décentralisée dans les municipalités.
Nous appuyons la lutte entreprise par l'Union des Voisins Nouveau Milenium du quartier « Las Tablitas » et nous répudions les attitudes discriminatoires et de persécution politique effectuées sur le président de la coopérative de logement « Eva Peron » et les autres organisations qui font partie de ASEVIS-FTV-CTA.

6. Au gouvernement de Guatemala

Contre les expulsions dans 10 communautés affectant 5994 familles dans les 9 premiers de l'année 2000. Dénonciation de la détention de 2 membres de FREPOGUA cette année, aujourd'hui libérés. Menace d'expulsion de communautés qui sont apparues aprés le cyclone Mitch.
Vouloir supprimer le Fonds de logement populaire, en affectant les accords de paix signés en 1996. Il n'existe pas d'espaces réels de participation.

7. Au gouvernement des Etats-Unies d'Amérique

Contre l'intervention en République de Colombie

8. Au gouvernement du Brésil

Pour la libération du prètre Oliverio Medina, representant international des FARC au Brésil, qui se trouve prisonnier dans la ville de Foz do Iguazú, Paraná, sur une initiative de la police brésilienne.

9. Front national contre la privatisation de l'industrie électrique au Mexique

Nous appuyons la lutte contre toutes sortes de privatisations des biens de la nation, dans ce cas, celle de l'industrie électrique au Mexique. En avant, camarades.

10. Aux gouvernements de l'Union européenne

Nous exigeons qu'ils prennent en compte le droit au logement en tant qu'élément de la Charte sociale européenne. Nous appuyons en même temps la prochaine mobilisation du 6 décembre dans laquelle participeront diverses organisations qui luttent pour le logement et l'habitat.

11. Lettre ouverte aux Nations-Unies et aux gouvernements.
Lettre ouverte au Secrétaire Général des Nations-Unies
Au Directeur de UNCHS-Habitat
Aux chefs de gouvernement
A la présidence de l'Union européenne
Aux autorités locales

L'Assemblée mondiale des habitants (Mexico, 2-6 octobre 2000), souligne les effets négatifs de la globalisation libérale sur les conditions de vie de la majorité de l'humanité, dans laquelle un sur cinq habitants vit dans des conditions précaires ou est sans-abri.

Elle dénonce aussi l'incapacité et le manque de volonté politique de la majorité des gouvernements pour solutionner cette situation, qui ont cependant des obligations légales.

 

Equipe de rédaction: Terelupe Reyes