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ASSEMBLEE MONDIALE DES HABITANTS

Quand les habitants repensent la ville 

Mexico, du 2 au 6 octobre 2000

 

Atelier: Ville démocratique


La société civile et les organisations sociales ont joué un rôle important dans la construction de la démocratie sociale dans nos pays. Elles construisent leur activité depuis la sphère sociale, élargissant les espaces de participation; elles jouent un rôle dans la sphère publique des politiques sociales; elles élaborent des propositions pour une meilleure qualité de vie des habitants et pour résoudre positivement la construction du territoire; elles formulent leurs demandes auprès des états nationaux afin d'exiger une solution à leurs problèmes; elles utilisent tous les moyens de communication pour diffuser leurs idées et problèmes. Somme toute, elles construisent chaque jour la démocratie sociale avec responsabilité. Elles luttent pour instaurer la démocratie pour le bénéfice de tous et de toutes.

La mondialisation s'impose aujourd'hui dans les expériences particulières de nos pays, dans lesquelles les décisions restent aux mains de quelque-uns tandis que la majorité de la population est exclue aussi bien des nécessités de base que des espaces de participation. Au nom de la démocratie, un petit nombre de personnes décide des conditions de vie de milliards d'individus sur toute la planète.

Nous aspirons à construire une société juste, humaine, ouverte et de l'inclusion. Nous savons que, face à la globalisation, il faut agir et répondre de manière globale. Pour cette raison nous sommes de l'avis de construire la "globalisation du peuple", l'autre globalisation.

Mais comment arriver à des conditions d'égalité, d'équité, de développement et de démocratie? Et dans ce sens, quels sont les défis et les attentes des mouvements sociaux? Quelle serait leur fonction? De quelle facon doivent-ils s'articuler pour fournir des alternatives capables de transformer la société? D'un autre côté, quelles relations doivent s'établir avec les partis politiques et avec les instances législatives et du gouvernement qui permettent de garantir l'autonomie et l'indépendance des mouvements sociaux ans dissoudre leurs demandes et leurs formes d'organisation? Et, de manière générale, quelles sont les propositions qui puissent permettre d'arriver à une société démocratique et du même coup à des villes pleinement démocratiques?

Le concept de la ville démocratique

La démocratie à laquelle nous aspirons vient des racines profondes des peuples, elle respecte la diversité culturelle, l'égalité des sexes, celle des handicapés et elle recherche le bonheur de tous et de toutes.

Les villes reproduisent des expressions d'exclusion qui affectent de manière particulière les enfants, les femmes, les jeunes, les adultes, les handicapés et les indiens. Nous devons briser cette inertie, tant qu'il y aura des famines, des inégalités sociales, du chômage, de la discrimination de toute sorte ou toute forme d'exploitation de l'être
humain, il n'y aura pas de démocratie réelle dans le monde. Les concepts de démocratie et d'égalité vont ensembles.

Nous devons produire un nouveau genre démocratique, configurer un nouvel ordre, car le capitalisme n'offre pas de solutions. Il faut partir de:
- l'inclusion des exclus du système (à partir d'eux-mêmes)
- Assumer notre responsabilité dans la résolution des problèmes de nos villes
- Revenir à des principes tels que celui de solidarité afin de construire la ville que nous voulons.

1. Construire une culture démocratique

Nous sommes le produit d'une culture anti-démocratique, autoritaire, caudilliste et excluante. Le défi est de créer une culture démocratique. Se lancer dans le rêve de la société démocratique implique de nous convaincre nous-mêmes et de nous engager à amener la démocratie à la pratique, en récupérant parmi d'autres des principes tels que la solidarité, l'amitié, et la confiance.

Il faut commencer à pratiquer le principe démocratique depuis le quartier et à partir de l'organisation. Nous devons combattre la corruption et la dépolitisation, convaincus qu'il n'y a pas de thèmes qui ne soient pas essentiellement politiques. Les problèmes de base doivent être le fondement de la politique.

2. Construire des organisations démocratiques

Depuis nos organisations nous nous engageons à approfondir la démocratie et à contribuer à ce que la société s'insère dans la grande oeuvre transformatrice: la démocratie sociale.

Il est indispensable de renforcer les processus d'éducation, de formation politique et de communication des gens de la base, en générant une nouvelle culture démocratique qui puisse nous permettre de jouer un rôle sur les décisions, que ce soit au niveau local, régional ou international.

D'un autre côté, il est fondamental de discuter sur la relation entre les mouvements sociaux et les partis politiques. Il y a un piège en voulant créer une dichotomie entre politique et mouvements de base. Le rôle des mouvements sociaux est justement d'apporter des éléments pour la politique, en particulier la politique urbaine.

Nous sommes en train de construire le pouvoir par le bas mais de manière désarticulée, plus secteurielle qu'intégrale, avec une vision paternaliste et caritative. Il faut changer la vision que l'on a du mouvement social et communautaire; arrêter de se lamenter, demander de l'aide ou développer des actions soi-disantes autogestionnaires. Il faut travailler l'organisation populaire au niveau local, régional et international, revendiquant le droit d'autodéfense des peuples et reconnaissant toutes les formes de lutte face à l'intolérence du système.

3. Construire un Etat démocratique

Dans le contexte de la mondialisation le pouvoir des gouvernements nationaux sont affaiblis. La participation de la base est l'expression de la démocratie.

Nous devons reconstruire le pouvoir populaire, à partir des espaces les plus petits, en devenant l'état, gouvernement pour tous et pour toutes. Il faut travailler sur le local avec une vision globale. Renforcer les espaces locaux tels que les municipalités, qui sont les instances de pouvoir les plus proches des citoyens. Afin de réussir une ville démocratique il faut commencer par la municipalité.

Les principes doivent émmaner des gens. La démocratie ne se crée pas à coups de décrets mais par des concensus. Les instruments et mécanismes formels de participation (tels que la consultation populaire, le référendum populaire, le plébiscite et les formes de représentation) ne font pas la démocratie à eux tous seuls. L'expérience nous dit qu'il ne faut pas les abandonner mais plutôt les améliorer. Nous devons élaborer des diagnostics clairs, rechercher et approfondir des instruments qui nous permettent d'élire et de mieux contrôler nos représentants, tels que le mandat non renouvelable, la rotation des charges et leur faire rendre des comptes.

En même temps, il est nécessaire de défendre et d'élargir les droits acquis, aussi bien au niveau national qu'au niveau international (déclarations et accords, ONU, OIT, etc.).

Nous sommes d'accord aussi sur la nécessité de garantir à la population la formation, l'information et les mécanismes de communication et participation, de telle manière qu'elle puisse avoir une incidence directe sur la définition et l'instrumentation des politiques urbaines et sociales. Il faut chercher à jouer sur les centres de décision mais tout en étant congruants avec les intérêts collectifs et de service à la communauté. Les organisations doivent s'intéresser aux besoins les plus urgents des gens.

Nous voulons la création d'un gouvernement du peuple, des pauvres. L'exercice de la démocratie ne se réduit pas au vote. Nous devons nous impliquer dans la prise de conscience; le dialogue n'est pas suffisant. Nous devons atteindre le pouvoir du peuple.

4. Autres propositions

Nous insistons sur le fait que le thème qui doit être mis en avant de manière particulière pour mettre sur pieds la ville démocratique, est celui de la pauvreté, qui est lié à celui des groupes vulnérables (femmes, enfants, adultes, handicapés, indiens).

Lutter contre la pauvreté urbaine implique de reconnaître le secteur informel de l'économie, qui constitue approximativement 60% des nouveaux emplois. Nos villes montrent une grande hostilité vers ces secteurs, et ne leur facilitent aucun appui institutionnel.

Nous devons lutter contre la privatisation des services et exiger à l'Etat qu'il garantisse les droits constitutionnels de tous les habitants (education, santé, logement, travail).

Si nous voulons trouver des stratégies pour limiter la pauvreté, nous devons peut-être commencer par reconnaître l'énorme quantité de ressources sociales, économiques et culturelles que nous disposons en tant qu'habitants organisés.

Nous commencerons alors à nous sentir forts, capables de résoudre nos problèmes et d'exiger que notre voix soit écoutée.

 

Equipe de rédaction: Edna Vega / Bahram Gadhimi / Guillermo Rodríguez /Evaniza Rodrigues