![]() |
HABITAT
INTERNATIONAL COALITION
|
|
|
COMPTE-RENDUS
|
||
|
Appel |
ASSEMBLEE
MONDIALE DES HABITANTS
Quand les habitants repensent la ville Mexico, du 2 au 6 octobre 2000
Atelier: Ville en sécurité (violences urbaines)
Postulat Aucune ville ne saurait être " habitable " - c'est-à-dire qu'elle ne saurait être véritablement habitée par de véritables habitants mais seulement occupée par de simples " occupants " - si elle n'est pas capable d'offrir à ceux qui l'habitent une certaine sécurité, physique, psychologique et sociale. Introduction Pour être habitable, une ville doit aussi être " sûre ". Pour cela, la sécurité ne peut pas être celle de quelques uns seulement de ses habitants, mais doit être la sécurité de tous, une sécurité partagée par tous les acteurs de cette ville, une sécurité dynamique et non figée, assumée par tous, et pas seulement par les corps de police. Une ville sûre est donc la ville de tous, sans exception. La sécurité d'une ville ne peut donc pas être fondée sur la discrimination, sur aucune forme de discrimination, pas même celle qui ferait la distinction entre habitants " violents " et " non violents ". Elle ne doit exclure aucun territoire non plus, quartier ou rue. Une ville habitable ne peut naître (comme l'ont dit les habitants réunis à Xalapa en juillet 2000 ) que du défi remporté " d'assumer la responsabilité de cimenter le tissu social ", sans quoi il ne saurait y avoir de futur vivable. Pour cette raison, nous devons repenser nos villes de manière réellement alternative. Le premier pas pour remporter ce grand défi est certainement de repenser la ville à partir des gens, certes, mais aussi à partir des questions de violence et de sécurité, en repensant autrement ce qui est " bon " et ce qui est " méchant " ; surtout, il faut inventer un mode inédit de sécuriser des villes aujourd'hui très violentes sans avoir recours à plus de violence ! Cette invention demande impérativement une libération préalable des mécanismes habituels de pensée, spécialement ceux qui amènent chacun de nous à recourir, face aux phénomènes de violence, à des solutions " policières ". Nous sommes tous violents d'une façon ou une autre, nous sommes tous des " criminels ", mais tous avons la capacité, propre ou collective, d'inverser ce destin douloureux et de contrer nos propres processus violents. Pour cela, il faut que nous les habitants des quartiers populaires émettions nous-mêmes des propositions d'actions très concrètes et que les politiques prennent les décisions adéquates pour les appliquer, car il ne s'agit pas que le peuple gère seul de si graves problèmes. Mais il ne faut pas non plus qu'il soit " tenu à l'écart de sa propre histoire ", comme l'a dit un habitant africain. Ceci est très important car les réponses que les autorités donnent aujourd'hui dans le monde entier à ces questions de violences urbaines et de sécurité sont presque toujours répressives (ex. : la " tolérance zéro " aux Etats-Unis) ; nous avons besoin que ces questions - comme d'ailleurs celles portant sur les désastres naturels en ville - soit reposées par nous-mêmes, en tant que protagonistes de l'action novatrice et transformatrice de la réalité.
1. Les pauvres sont généralement perçus comme une menace criminelle que l'on ne peut affronter que par des moyens répressifs ; leur habitat, leurs quartiers, sont qualifiés de violents par tous ceux qui n'y habitent pas et une grande partie de ceux qui y vivent. 2. Car beaucoup de pauvres ont eux aussi incorporé cette vision de l'idéologie dominante, ce qui a entraîné une sorte de guerre civile ordinaire dans de très nombreuses villes du monde. Ainsi, ces villes - bientôt toute ville - sont devenues des villes in-habitables puisqu'on ne peut pas habiter des endroits où on ne se sent pas en sécurité et que l'on désire quitter. 3. Ce sentiment de " sécurité " dépend cependant de nombreux facteurs, dont la plupart ne sont pas de la responsabilité des pauvres qui, au contraire, sont justement les habitants les moins en sécurité des villes " dangereuses ". 4. La violence, vécue ou perçue, est l'un des facteurs qui empêchent le plus une vie digne des habitants. Un autre de ces facteurs est le risque de catastrophe naturelle qui, s'il est vrai qu'il menace en principe tous les habitants, affectent finalement beaucoup plus les pauvres, la pauvreté urbaine impliquant leur précarité sociale mais aussi celle, physique, des terrains qu'ils occupent, ainsi que la mauvaise qualité des logements et des constructions qui leur sont destinés par les mafias de la promotion immobilière, souvent épaulée par l'Etat. 5. La violence, d'un autre côté, empêche toute action unie et organisée de la part des habitants des quartiers populaires, en raison du manque de confiance entre voisins, dû au sentiment d'insécurité né de cette situation. On sait pourtant que cette violence est surtout un phénomène imposé " d'en haut ", par ceux qui ont particulièrement intérêt à ce que perdure cette guerre civile quotidienne, " populaire " et fratricide, que les classes dominantes essaient de contenir à l'intérieur des frontières des quartiers désunis 6. L'expérience de la violence urbaine diffère grandement d'un quartier à l'autre et qu'elle soit vécue en Afrique, en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord et du Sud. Mais les habitants de tous les quartiers du monde sont d'accord sur un point : les arguments utilisés pour expliquer les causes des violences urbaines sont toujours distincts de ceux que donnent habituellement les représentants du pouvoir, les universitaires, les journalistes , tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, en attribuent la responsabilité aux " pauvres " (même si certains le font en voulant les aider ). 7. Pour affronter avec réalisme le problème des violences urbaines, que l'on sait affecter en premier lieu les plus pauvres, il faut aborder ces questions de manière alternative ; il faut autrement dit renverser complètement la manière habituelle d'analyser, percevoir et répondre aux violences urbaines. Il faut un changement radical, au plus vite ! 8. Pour cette raison, nous disons qu'il ne sert à rien de penser de la même façon ces faits sociaux apparemment nouveaux (tout d'abord parce que ces faits ne sont pas si nouveaux ) ; il vaut mieux penser les mêmes problèmes (les éternels problèmes de pauvreté, inégalités, participation, violence ) de façon nouvelle. Et maintenant, de manière plus concrète
On peut dire
que : Pour cela, il faut maintenant que nous les habitants des quartiers pauvres abandonnons la vision dominante que nous avons souvent intériorisée comme " vérité ", la version des choses des classes dirigeantes qui l'imposent de l'extérieur comme étant " la vraie ", l'unique... Ensuite, il faut que nous les habitants nous créons puis imposons notre propre vision populaire et critique de la réalité. Ce n'est qu'ainsi que pourront être identifiées les véritables causes de chaque problème, et que pourront être cherchées leurs vraies solutions. Il n'y a pas d'autres manière pour arriver à enclencher un mouvement global de changement. Tout changement social commence toujours par un changement de perspective des protagonistes. Ainsi, les pauvres ne sont pas violents, ils sont les victimes de multiples violences, même s'ils en sont parfois les acteurs. Nous sommes victimes, mais nous sommes aussi capables d'agir et de faire face aux problèmes de violence. Si nous ne disons pas cela, et si nous en voulons pas imposer notre vision de la réalité, rien ne changera jamais. Les vrais problèmes ne sont pas la délinquance, le vol, le trafic de drogues, etc. - qui ne sont que des conséquences -, les vrais problèmes sont : les inégalités, la précarité, la vulnérabilité des pauvres, la corruption, l'absence de droit, le chômage, la faim, l'absence de sécurité sociale, la " disparition " de l'Etat, la militarisation de la police, le racisme, etc. Les partisans de l'idéologie répressive du pouvoir s'attaquent aux conséquences des problèmes afin de n'avoir pas à combattre les causes. Cette méthode ne doit pas être celle du peuple. La lutte contre les violences urbaines commence par la lutte pour la création d'emploi, l'amélioration de l'éducation et de la formation technique, etc., ainsi que l'ont préconisé plusieurs habitants du Salvador, pays particulièrement exposé aux violences de toutes sortes. Pour changer la perspective
et agir sur les vraies causes et non sur les conséquences les plus
visibles, nous devons aussi pouvoir compter sur : Mais surtout, nous les habitants des quartiers populaires nous devons pouvoir promouvoir de nouvelles valeurs humaines, en vue d'établir les règles d'une éthique populaire (ainsi que la nommée une habitante de la République Dominicaine), une éthique éloignée de la " non-éthique " libérale dominante. Il s'agira d'une éthique de la solidarité, à tous les niveaux, y compris la solidarité avec les " délinquants ", eux aussi victimes de la pauvreté, de manière à pouvoir leur offrir, par exemple, une réinsertion réaliste dans leur quartier et des liens renforcés avec leur communauté. Il est important que les habitants des quartiers populaires nous puissions être associés de manière responsable à la sécurité de notre lieu de vie. Mais attention : il ne peut pas y avoir de sécurité égoïste, d'un seul quartier contre tous les autres ; la sécurité des quartiers populaires ne peut être que de la sécurité de tous ; il doit s'agir d'une sécurité globale, nationale, internationale Car les inégalités intérieures d'un pays, ou au niveau international, qui produisent de la misère, se propagent toujours très vite dans la violence et l'insécurité. On sait également que les conflits, internationaux comme nationaux, servent toujours les intérêts du capitalisme international, grâce aux trafics d'armes, aux pillages des richesses du sol, etc. Les pauvres des quartiers urbains ne doivent pas être les victimes de la mondialisation des conflits armés. Une géopolitique, locale et globale, de la violence est nécessaire si l'on veut comprendre les vrais enjeux contemporains et ne pas mourir idiot ! La sécurité populaire sera alternative parce qu'elle sera guidée par une éthique de la participation citoyenne : pas d'escadrons de la mort, de bandes armées terrorisant les quartiers au nom de la loi !... La " criminalité " populaire est une construction sociale et idéologique ; la sécurité populaire le sera aussi, mais de manière positive. Il n'y a pas de violences locales. Toute violence locale reflète la violence d'un monde unique. Vivre la violence d'une ville, c'est vivre la violence de la terre entière. Vivre sa ville sans violence, c'est une manière d'agir contre la violence globale ; agir au niveau local contre les violences de la planification, en participant à l'émergence d'une pensée alternative globale, planétaire, en cherchant la création d'une parole d'habitants à la fois commune et multiple. Nous ne voulons pas " moderniser " la misère mais la combattre !
Equipe de rédaction: Yves Pedrazzini & ECOA-Caracas
|